La civilisation gréco-romaine a contribué à l'essor de la civilisation européenne dans le domaine de l'art, des philosophies et des sciences.
Mais le paganisme, qui voit dans les astres et la nature qui nous entourent des Dieux (Dieu de la Lune, Dieu du Soleil, Dieu de la Terre, Dieu des montagnes, etc...) et de la magie, ne peut se départir de ses fondements issus d'un panthéisme moniste, et limite ainsi la science à des études pragmatiques et empiriques.
Le corps humain est interconnecté aux pierres, et l'astrologie prétend être capable de déterminer l'avenir de toute personne en observant les astres.
Les philosophies orientales ont influencé de manière permanente la pensée occidentale gréco-romaine utilisant les quatre éléments magiques (feu, terre, eau, air), les trajectoires en lignes droites avant la lune, et parfaitement circulaire au-delà (Ptolémée, Aristote), la théorie des humeurs en médecine (Galien, Hippocrate), préfigurent, entre autres, une représentation du monde irrationnelle où tout est fondamentalement relié au cosmos.
La vision du monisme panthéiste de l'Antiquité égyptienne et gréco-romaine, héritée de Pythagore. L'être humain est interconnecté par son intellect, son corps, aux pierres et aux astres du cosmos.
Les expressions de ce panthéisme moniste sont d'ailleurs encore en vigueur dans notre langage. On dit de quelqu'un de colérique ou qui s'emporte rapidement qu'il est "sanguin", ou "martial", la couleur rouge et la planète Mars étant associées à la guerre et à la colère.
Une personne "lunatique" est un esprit perturbé, erratique, influencé par la Lune.
Dans la théorie de la médecine grecque des humeurs de Hippocrate et Galien, le flegme était censée être une substance froide émise par le corps. En produire trop rendait la personne "flegmatique", calme et insensible.
Un personne mélancolique, terme provenant du grec μέλας (mélas), « noir » et de χολή (khōlé) la bile, en état de dépression ou de tristesse, car sécrétant trop de bile noire.
La joie vient de jovial, du latin jovialis relatif à la planète Jupiter.
Le philosophe grec Plotin aura une grande influence en développant dans ses Ennéades au coeur de la civilisation romaine, la théorie de l'Un, une version du panthéisme héritée de Platon qui se définit par émanation successives de trois hypostases, l'Absolu, l'Intellect et l'Âme du Monde. Le monde matériel dans lequel l'homme vit, en particulier emprisonné dans son corps, est une forme de dégradation, et son but est de retourner dans son État primordial l'Un, par des méditations ou des "extases".
Une copie du buste du philosophe grec Plotin, diffuseur du néo-platonisme en Europe à partir du IIIème siècle après J.C., un panthéisme moniste qui aura une grande influence sur la pensée de la Renaissance, puis sur le développement de philosophies monistes, comme chez Spinoza (à travers le néo-platonisme de la philosophie juive de Maïmonide et Ibn Gabirol).
Ce panthéisme sera bouleversé lorsque des scientifiques catholiques du Moyen-âge, inspirés par la Bible, commenceront réellement à questionner de manière tout à fait rationnelle la nature et les astres, qui ne sont pas des objets divins magiques, car la nature est distincte de Dieu.
En effet, dans le christianisme, Dieu crée la nature et l'homme à partir de rien, ce qui change radicalement le paradigme de la conception de la vision du monde par l'homme.
Dieu et l'homme ne sont fondamentalement pas de même nature, même si Dieu créé l'homme à son image pour lui donner la volonté, l'intelligence et le libre-arbitre.
LE DUALISME CHRÉTIEN BOULEVERSE LA CONCEPTION DE LA SCIENCE
Le monisme panthéiste est incompatible avec le dualisme chrétien qui sépare le Créateur de la Création, Dieu est séparé de la nature, ce qui permet à l'homme de contempler et d'étudier de manière rationnelle la beauté du Monde.
"Le point de vue créationniste défend la préexistence éternelle d'une divinité qui créé quelque chose de différent d'elle-même. La divinité peut cependant s'ériger en modèle de sa création, comme, par exemple, dans le récit biblique où Dieu créé l'homme"à son image". Mais au-delà de cette modélisation, il y a une différence substantielle entre le créateur et la créature, entre celui qui créé et ce qui est créé. Ce sont des êtres radicalement différents. Si nous pouvons dire que le second vient du premier, c'est uniquement dans le sens où le premier est sa cause, le responsable de son existence, mais en ce qui concerne sa substance, cette créature ne vient pas du créateur : ils ne partagent aucune substance.
Au contraire, selon Plotin et sa théorie des émanations, la provenance de chacune des hypostases, autrement dit, leur procession, est de nature identique à celle qui la précède. Qu'il n'y ait rien dans chaque hypostase qui ne se trouve pas déjà dans la précédente n'implique pas qu'elles aient des caractéristiques identiques, puisque cela n'aurait pas de sens d'avoir une prolifération d'hypostases avec des attributs indifférenciés. Dans la mesure où chacune émanation s'éloigne un peu plus de son origine, son niveau de réalité s'affaiblit progressivement."
Le docteur en philosophie Oriol Ponsatí-Murlá - "Plotin"
"Insistons donc dès à présent sur l'incidence du monisme et du dualisme sur la théorie de la connaissance, car, fût-ce contraire au conformisme obligé moderne, le rationnel implique le dualisme de l'Être. En effet, si l'Être est Un, soit l'intelligence se limite au manifesté - la philosophie est matérialiste, et il ne faut plus alors parler d'intelligence mais de connaissance apparente, une connaissance limité au manifesté - soit l'intelligence connaît une matière reflet d'un esprit inaccessible - la philosophie est spiritualiste ou idéaliste, et il faut alors parler d'intelligence contemplative. Dans un cas comme dans l'autre, parler de rationalisme est une imposture en ce que ce rationalisme serait rationnel.
En un mot, une connaissance véritablement rationnelle ne peut exister que dans le dualisme de l'Être. Car si la raison humaine connaît uniquement la matière, elle s'illusionne; et si l'intelligence est uniquement la contemplation (ou illumination, ou intuition), elle ne peut pas vérifier scientifiquement sa connaissance, il y a donc incompatibilité entre le monisme - matérialiste ou spiritualiste - et la connaissance rationnelle, puisque, ce que tout monisme appelle "rationnel" ne peut pas être vérifié rationnellement. Tout monisme usurpe la rationalité, et le modernisme étant moniste, ce qu'il appelle la raison n'est pas la raison."
Alain Pascal - "La pré-kabbale" p164
Au XIIIème siècle, Saint Thomas d'Aquin exprimera de manière convaincante et révolutionnaire les conséquences de ce dualisme chrétien, totalement opposé et incompatible avec le panthéisme de Plotin :
"les effets qui échappent encore à la causalité des corps célestes, ce sont les actes du libre arbitre, qui est une faculté de la volonté et de la raison."
"Il n'y a pas de corps qui puisse avoir influence sur une chose immatérielle; d'où il est impossible que les corps célestes agissent directement sur l'intellect et la volonté."
"Quand on a recours à l'observation des astres pour connaître à l'avance des événements futurs qui sont éventuels ou fortuits, ou pour connaître avec certitude les actions futures des hommes, on part d'une opinion fausse et vaine. L'opération du démon se mêle à cette espèce de divination, et la rend par conséquent illicite et superstitieuse. Si on observe les astres pour connaître à l'avance les effets que les corps célestes sont naturellement appelés à produire, comme la sécheresse, la pluie, et les autres phénomènes de cette nature, il n'y a plus alors ni faute, ni superstition."
Saint Thomas d'Aquin - Somme théologique - Partie II.II - Question XCV article V
La conception thomiste de l'univers et de la recherche de la vérité, en particulier en sciences, va produire dans les écoles et les universités catholiques du Moyen-âge du XIVème siècle des intellectuels de premier ordre capables d'élaborer de nouvelles méthodes pour aborder l'étude de la dynamique du mouvement des corps.
Les érudits du Moyen-âge ne vont plus se focaliser sur des relations astrologiques liés à l'âme, à la magie des pierres, à l'alchimie pour expliquer les destins des corps et des objets, mais à une tentative de compréhension de type phénoménologique des principes physiques fondamentaux de la nature.
LES CALCULATEURS DU MERTON COLLEGE D'OXFORD
Les premiers à bouleverser l'univers de Plotin sont les calculateurs de Merton, une génération de philosophes et de mathématicien du XIVème siècle formés dans les universités catholiques, en particulier au Merton College à Oxford en Angleterre.
Thomas Bradwardine (qui deviendra archevêque de Canterbury), John Dumbleton, William Heytesbury et Richard Swineshead, formés au Merton College à Oxford, distinguèrent la cinématique de la dynamique (en mettant l'accent sur la première), et étudièrent la notion de vitesse instantanée. Ils furent les premiers à formuler et à démontrer le théorème de vitesse moyenne (fondement de la loi de la chute des corps) : « un corps se déplaçant à vitesse constante parcourt la même distance qu'un corps uniformément accéléré si sa vitesse est la moitié de la vitesse finale du corps accéléré », longtemps avant Galilée, auquel on continue généralement à l'attribuer.
Érudit étudiant les mathématiques et mesurant au compas un objet sur son atelier de travail pendant l'époque médiévale du XIVème siècle
La philosophie naturelle, création de Dieu, était un sujet d'études nécessaire afin de connaître la beauté créée par le Créateur.
Les philosophes médiévaux étaient opposés à la science exprimée par Aristote, qui ne considérait pas les mathématiques pouvant modéliser la réalité. Pour Bradwardine, les mathématiques "sont le révélateur de la pure vérité, car elles déterminent les secrets cachés et détiennent les clés de la subtilité des lettres. Quiconque à l'effronterie de poursuivre la Physique en négligeant les mathématiques devrait savoir dès le départ qu'il ne franchira jamais les portes de la sagesse."
Couverture d'une copie de l'ouvrage de Thomas Bradwardine sur l'étude de la "géométrie spéculative" au XIVème siècle
Thomas Bradwardine tentera de décrire les trajectoires d'objets du Monde tel que conçu par Aristote, ses formules ne sont pas exactes, mais le principe est là : modéliser des trajectoires de projectiles par les mathématiques.
Dans son "Livre des calculs" écrit en 1350, Richard Swineshead, un des meilleurs mathématiciens de son époque, tente également de modéliser diverses propriétés de la chute des corps.
Extrait de l'ouvrage "Livre des calculs" (Opus aureum calculationum) de Richard Swineshead écrit vers 1350. La représentation des vitesses de mobiles en fonction du temps permet le calcul de vitesses moyennes.
William Heytesbury démontre correctement le théorème de la vitesse moyenne, à savoir que un corps uniformément accéléré se rendant d'un point A à un point B, mettra le même temps que si il fait le même trajet à sa vitesse moyenne, sans comprendre les conséquences de cette découverte sur la chute des corps dans un champ de gravité, appréhendées que plus tard par Galilée.
Jean Buridan, recteur de l'université de Paris et personnalité incomparable du XIVème siècle écrivait :
« Voici donc, ce me semble, ce que l'on peut dire : tandis que le moteur meut le mobile, il lui imprime un certain impetus, une certaine puissance capable de mouvoir le mobile dans la direction même où le moteur meut le mobile, que ce soit vers le haut, ou vers le bas, ou de côté, ou circulairement. Plus grande est la vitesse avec laquelle le moteur meut le mobile, plus puissant est l'impetus qu'il imprime en lui... mais par la résistance de l'air, et aussi par la pesanteur qui incline la pierre à se mouvoir en sens contraire... cet impetus s'affaiblit continuellement [...] Toutes les formes et dispositions naturelles sont reçues en la matière et en proportion de la matière; partant plus un corps contient de matière, plus il peut recevoir de cet impetus ; or dans un corps dense et grave [i.e. : pesant], il y a, toutes choses égales par ailleurs, plus de matière qu'en un corps rare et léger. Une plume reçoit un impetus si faible que cet impetus se trouve détruit aussitôt par la résistance de l'air ».
Jean Buridan développe ce concept d'impetus, prémisse de la notion d'inertie et de quantité de mouvement en physique, produit de la masse du corps par la vitesse, ainsi que la notion de force, et de résistance à l'air et leur impact sur la trajectoire des projectiles. C'est maladroit, et bien sûr pas au point, mais non dénué de raisonnement par l'observation.
Nicole Oresme au travail, représenté sur la première page de son ouvrage le "Traité de la sphère" exemplaire daté entre 1400 et 1420
Nicole Oresme, évêque de Lisieux et élève de Buridan, est un des premiers à concevoir le principe et l'utilité des coordonnées cartésiennes pour la représentation graphique de phénomènes quantitatifs.
Le découpage de la trajectoire du mobile en petits rectangles est tout à fait révolutionnaire, il annonce l'avènement du calcul infinitésimal appliqué aux sciences, qui ne sera élaboré sous sa forme définitive que trois siècles plus tard, au XVIIème siècle par Newton et Leibniz.
La démonstration d'Oresme est le premier exemple connu d'un problème physique modélisé sous forme graphique d'une fonction mathématique, décrivant la dynamique du mouvement et la relation entre les grandeurs physiques.
"On se représente toute chose mesurable, à l'exception des nombres, comme une grandeur continue.[...] Toute intensité qui peut être acquise de façon successive doit donc être représentée par une ligne droite élevé perpendiculairement en un point de l'espace ou du sujet de la chose intensive, par exemple d'une qualité."
"Par ailleurs, l'intensité exprime aussi l'idée qu'une chose est "plus ceci", ou "plus cela" par exemple, "plus blanche", ou "plus rapide". Cette intensité est divisible d'une seule façon et à l'infini, comme un continuum. On ne peut donc la représenter plus adéquatement que sous la forme du continuum qui est originellement divisible et d'une seule façon, c'est-à-dire par une droite. Comme nous concevons mieux et connaissons plus facilement la grandeur ou le rapport des droites, qui plus est la droite est la forme la plus originelle du continu, une telle intensité doit être représentée par des droites, et au mieux par des droites élevées perpendiculairement au sujet."
Nicole Oresme - "De latitutidinus formarum" vers 1350
En considérant que toute grandeur physique, chaleur, température, vitesse, peut se mesurer en fonction du temps de manière continue, la méthode analytique d'Oresme préfigure les équations différentielles du mouvement pour toutes les lois physiques actuelles connues, c'est-à-dire la naissance de la physique moderne.
"Quand l'accélération du mouvement passe uniformément de zéro à une certaine valeur, la distance parcourue à la moitié du temps sera exactement in tiers de celle parcourue dans la deuxième moitié du temps."
Nicole Oresme "tractatus de configurationibus qualitatum et motuum"
C’est la première fois dans l’histoire de la science où l’on représente les relations entre grandeurs physiques (par exemple la distance, la vitesse, l'accélération) en fonction d’une autre (temps) de manière graphique en découpage infinitésimaux, préfigurant les fonctions analytiques et le calcul intégral.
La puissance d'abstraction, éliminant toute forme de conception moniste et ésotérique à base de magie, permet à Oresme de comprendre que la surface sous la droite représente la distance parcourue par le mobile, un point de la droite la vitesse du mobile (ordonnée), et la pente, l'accélération du mobile.
Nicole Oresme a montré que les sections de distances parcourues par un objet uniformément accéléré suivent la série des nombres impairs 1, 3, 5, 7, 9, ...
Représentation des relations entre distance, vitesse et accélération pour un mobile. En abscisse le temps, en ordonnée la vitesse, réalisée par Nicole Oresme, avant d'être reprise par Galilée.
Sur le schéma, l'unité de surface étant le rectangle, on constate que :
- la surface en jaune à une aire totale de 1 unité
- la surface en rouge à une aire totale de 3 unités
- la surface en bleu à une aire totale de 5 unités
etc ...
Ce que Nicole Oresme a démontré mathématiquement entre deux intervalles de temps.
k : nombre entier, unité de temps
ΔSₖ : aire de la surface sous la droite entre k et k-1
vₖ : vitesse du mobile au point k (point de la droite) = a k
vₖ₋₁ : vitesse du mobile au point k - 1 (point de la droite) = a (k - 1)
a : pente de la droite (accélération du mobile)
Le calcul de l'aire de la surface entre deux intervalles de temps k et k-1 en se basant sur le théorème de la vitesse moyenne est :
Nicole Oresme conclu que la distance parcourue par le mobile est la somme de ces aires, donc proportionnelle à la somme des nombres impairs, qui mathématiquement est k²
L'aire totale à l'abscisse t, qui représente la distance totale parcourue par le mobile est donc :
Sₜ = (1/2) a ∑(2k - 1) = (1/2) a t²
Nicole Oresme démontre ainsi rigoureusement pour la première fois en se basant sur les prémisses du calcul intégral, la loi du mouvement d'un mobile uniformément accéléré (mobile en chute libre), plus de deux siècles et demi avant Galilée.
Description d'une éclipse de Lune dans le "Traité de la sphère" par Nicole Oresme vers 1364-1368
Tous ces penseurs ne pratiquent pas la science expérimentale, il ne s'agit que de travaux théoriques, d'où les grosses imprécisions et les tâtonnements, mais la machine est lancée.
Malheureusement, la peste noire qui décima plus de 30% de la population européenne à partir du milieu du XIVème siècle posa un frein sérieux à la recherche pendant des décennies en Europe.
GALILÉE, HÉRITIER DES CALCULATEURS DE MERTON, VICTIME DE SON ÉGOCENTRISME
Les idées nouvelles qui émergent dans le courant du XVIème siècle avec les astronomes et physiciens tels Copernic, Galilée, puis Kepler sont clairement inspirées des livres édités par les savant médiévaux, tombés dans l'oubli pendant le long épisode de peste noire du milieu du XIVème siècle.
Galilée a été formé et travaillait dans les meilleures universités catholiques d’Italie. Le physicien de Pise doit son apprentissage de la méthode scientifique auprès des jésuites du Collège Romain de Rome (vers 1589-1591) disciples de Christophorus Clavius.
Dans son livre publié en 1636 "Discours concernant deux sciences nouvelles", Galilée développe les concepts de la science moderne et qui fera date : le principe d'inertie, la trajectoire d'un mobile en chute libre, trajectoire parabolique d'un tir, la notion mathématique de vitesse et d'accélération avec des expériences clés à l'appui.
Dans ses notes autobiographiques, Galilée fait mention des ouvrages de savants du XIVème siècle, preuve qu'il avait connaissance des travaux des philosophes médiévaux, sans lesquels sa pensée n'aurait pu se développer.
Des notes prises par Galilée lors de ses études à l'université de Pise, font référence à l'ouvrage de William Heytesbury "Règles pour résoudre les puzzle logiques" démontrant le théorème de la vitesse moyenne, ces notes mentionnent également le calculateur Richard Swineshead.
Cependant, connu pour être imbu de lui-même, dans son ouvrage développant ces théories scientifiques et les perfectionnant, il ne mentionne pas les philosophes médiévaux qui ont inspirés ses travaux. Galilée, connu partout dans le Monde pour son travail remarquable de science moderne, est pourtant redevable de ses remarquables prédécesseurs effacés de l'Histoire.
Sa condamnation par l'Église catholique concerne le fait de poser en certitude, ce qui n’était alors qu’hypothèses de travail (le Soleil centre de l’Univers), en défiant les textes religieux en ridiculisant le Pape dans son "Dialogue sur les deux grands systèmes du monde", se basant sur des théories que les jésuites contemporains de Galilée avaient démontrées comme fausses.
L'HUMANISME ÉSOTÉRIQUE FAIT RÉGRESSER LA SCIENCE
Plus tard, avec la naissance des idées humanistes de la Renaissance et le désir de renouer avec l'art grec et la Rome antique, les humanistes pensent que rien de nouveau n'a été créé après l'Empire romain, vont ignorer, délaisser et mépriser la philosophie naturelle logique des fabuleux penseurs médiévaux.
Dans le désir d'effacer tout ce que le Moyen-âge a produit, les humanistes iront jusqu'à qualifier les magnifiques cathédrales du Moyen-âge, chefs-d'oeuvres d'innovations techniques et scientifiques, de "gothiques", terme péjoratif à l'époque, désignant "barbare".
Pendant la Renaissance, la relecture de la philosophie grecque n'est plus abordée sous le prisme de la logique et du rationalisme de Aristote christianisés par Saint Thomas d'Aquin, mais par le biais du néo-platonisme ésotérique de Plotin et de ses successeurs.
L'Un universel de Plotin va renaître sous une version d'un panthéisme mêlant magie et alchimie, en particulier avec la redécouverte de textes orientaux arabes tels Picatrix, remettant au goût du jour toute la panoplie ésotérique qui avait été mise sous l'éteignoir par la philosophie naturelle et logique du thomisme du Moyen-âge.
Cet assemblage idéologique de magie ésotérique moniste à base d'astrologie, d'alchimie, de talismans, d'images pour obtenir le pouvoir supérieur des 36 Décans et autre sphères du Sephiroth ayant pris essor à la Renaissance, va d'ailleurs s'effondrer à partir de 1614, quand l'érudit Isaac Casaubon donnera un coup de pied dans la fourmilière en montrant avec rigueur et détail que les ouvrages "Pimandre" et "Asclepius" et le reste des documents du "Corpus Hermeticum" attribués à Hermès Trismégiste, le Grand Mage censé être à l'origine d'une tradition primordiale ésotérique et magique égyptienne qui aurait initié Moïse et inspiré Platon en décrivant tout l'ordre cosmique de l'Univers il y a plusieurs millénaires, ne sont en fait que des écrits tardifs datant du II ou IIIème siècle après Jésus Christ.
Même s'il persiste par la suite dans les loges ésotériques comme les Rose-Croix, le mythe de l'hermétisme s'écroule progressivement, attaqué par des catholiques comme le prêtre Marin Mersenne, qui considérait la Renaissance comme un courant de pensée ésotérique étranger ennemi de la foi catholique et de la science moderne.
La confrontation idéologique du XVIIème siècle, par publications et lettres interposées, fait alors grand bruit dans toute l'Europe oppposant les partisans de la magie ésotérique de la Renaissance élaborée par Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Paracelse, Reuchlin, Campanella et autres Giordano Bruno, défendue en première ligne par le rosicrucien Robert Fludd, contre les traditionalistes catholiques thomistes défenseurs de la science moderne tels Johannes Kepler (même s'il est éduqué chez les protestants), Pierre Gassendi, avec à leur tête, le père Marin Mersenne.
La bataille des sciences du XVIIème siècle.
Le prêtre, mathématicien et physicien français Marin Mersenne (1588-1648) à gauche, défenseur de la science rationnelle et logique issue du thomisme, contre le théosophe et astrologue anglais Robert Fludd (1574-1637), à droite, fer de lance des partisans d'un univers mystique ésotérique et alchimique de la Renaissance interconnectant les hommes aux étoiles du cosmos.
Dans son attaque portée contre Robert Fludd et les mages ésotériques, publiée dans son célèbre ouvrage "Harmonices Mundi", Johannes Kepler explique que son utilisation des nombres est rationnelle dans le cadre de démonstrations mathématiques appliquées aux orbites des planètes, alors que Fludd et les hermétistes utilisent les nombres pour faire de la numérologie à partir d'une mystique kabbalistique magique et de l'astrologie, une "géométrie vaine" :
"Maintenant, pour nous rapprocher davantage des fondements sur lesquels Robert Fludd construit sa musique du monde : premièrement, il occupe le monde entier, et ses trois parties — l'Empyrée, le Céleste et l'Élémentaire ; moi, je n'occupe que le Céleste, et pas dans son intégralité, mais seulement les mouvements des planètes, pour ainsi dire, sous le Zodiaque. S'appuyant sur les anciens qui croyaient que le pouvoir des harmonies résidait dans les nombres abstraits, il se contente, s'il peut démontrer une concordance entre les parties, de les englober avec des nombres de la manière qu'il choisit, sans se soucier du type d'unités accumulées dans ce nombre ; moi, en revanche, j'enseigne qu'il ne faut rechercher les harmonies que là où les choses entre lesquelles elles existent ne peuvent être mesurées que par la même mesure de quantité."
Dans une lettre adressée à Peiresc, datée de 1635, Marin Mersenne écrit au sujet de Campanella (alors Grand Mage "érudit" de l'hermétisme ésotérique égyptien de la Renaissance depuis plus de 30 ans en Europe), que Peiresc voulait lui recommander :
"J'ai vu le Révérend Père Campanella pendant trois heures et pour la deuxième fois. J'ai compris qu'il ne pouvait rien nous enseigner en sciences. On m'a dit qu'il était versé dans l'art de la musique, mais quand je l'ai questionné, il n'a même pas su me dire ce que représentait une octave. Mais il a encore une bonne mémoire, et une imagination très développée."
Le rationalisme logique de la scolastique thomiste est à des années lumières de l'ouvrage "Adversus mathematicos" (contre les mathématiciens) de Giordano Bruno publié en 1588 fustigeant les mathématiciens parce qu'ils appliquent la logique mathématique à la physique et à l'astronomie, ou de son "De umbris idearum" (De l'ombre des idées), des "Trente statues", "de la Magie" (Giordano Bruno est capable d'invoquer les démons cachés dans les astres !) ou encore "De imaginum, signorum, et idearum compositione" (la signification des images, signes et idées) décrivant 150 figures hermétistes et diagrammes mystiques ésotériques égyptiens servant de talismans pour communiquer avec l'au-delà, atteindre la connaissance divine et devenir Dieu !
"Outre les qualités ou les vertus sensibles qui émanent des corps dans la sphère alentour, il en est d'autres, plus spirituelles et moins volatiles, qui agissent non seulement sur le corps et les sens, mais aussi sur les profondeurs de l'esprit, et atteignent des facultés de l'âme plus enfouies, en induisant des affections et des passions. Tout cela est bien connu regardant la vertu de maintes pierres et racines, de nombreux minéraux ; c'est ce qui apparaît aussi dans les fascinations et dans l'opération active ou passive du sort jeté par le coup d'œil : ainsi le basilic peut-il tuer un homme situé à bonne distance rien que par son regard perçant."
Giordano Bruno - Extrait de son ouvrage "De la Magie"
Extrait de "De rerum principiis et elementis and causis" de Giordano Bruno
Giordano Bruno reprend les anciennes doctrines hermétistes sur les relations entre les planètes décrivant des trajectoires parfaitement circulaires, liées dans un panthéisme moniste aux pierres et des racines cette interconnexion cosmique dirigeant le destin de l'homme et des royaumes terrestres :
"Toutes les planètes contribuent au cycle du bon et du malade, de la fortune et de l'infortune, des gains et des pertes, à l'ascension et à la chute des royaumes ainsi qu'aux vicissitudes du destin."
Champollion, en démystifiant les hiéroglyphes égyptiens en 1824, donnera un coup de grâce définitif au "Corpus Hermeticum".
La composante magique de la Renaissance a ainsi été affaiblie par un retour au rationalisme émanant de la scolastique catholique au XVIIème siècle, mais malheureusement l'influence de sa composante panthéiste, l'Humanisme, l'homme remplaçant Dieu avec un pouvoir sans limites, a marqué les penseurs du XVII et XVIIIème siècle engendrant l'individu déterministe fondu dans le collectivisme de masse cosmopolite, et ses conséquences désastreuses, en particulier pendant la Révolution Française.
On remarque avec la baisse du niveau scolaire et la perte abyssale de culture et de connaissances des nouvelles générations, que l'ésotérisme panthéiste fait un retour en force au XXIème siècle, il suffit de constater la multitude d'ouvrages d'astrologie, d'orientalisme hindouiste, de bouddhisme garnissant les rayons des grandes librairies des centres commerciaux par centaines, avec pour conséquence une régression catastrophique de la civilisation occidentale dans le domaine des sciences et de la pensée.
Des centaines d'influenceurs sur les réseaux sociaux naviguent sur ce renouveau du panthéisme moniste, pour escroquer les étudiants en mal de sensations fortes et désireux de pimenter leur quotidien de paranormal et d'occultisme.
Comme Nassim Haramein, qui cumule des millions de vues sur ses vidéos Youtube et conférences données devant des spectateurs médusés n'ayant pas une culture scientifique suffisante pour démystifier les risibles élucubrations masquées sous de faux raisonnements émaillés d'équations utilisant des termes techniques scientifiques comme "densité de Planck", "masse du proton", "horizon de Schwarzschild", dans le but de promouvoir sa philosophie ésotérique orientale.
"C'est comme ça que vous parlez à l'univers, à chaque Planck, vous êtes en communication à travers tous vos protons au reste de l'univers (applaudissements), et vous êtes connecté à un point fondamental, c'est-à-dire qu'on a tendance à penser la spiritualité séparée de la matière, mais la spiritualité est dans la matière. C'est à l'intérieur de la matière que l'on est connecté à l'univers. C'est pour ça qu'il y a des gens qui peuvent voir à distance des endroits où ils ne sont jamais allés, ça a été prouvé en laboratoire depuis les années 1960. Il y a des gens qui peuvent entendre les pensées des autres."
Conférence de Nassim Haramein donnée à Paris le 23 avril 2016
Vous pouvez acquérir pour la modique somme de 1099 francs suisses (environ 1200 euros), le Cristal ARK du digne héritier de Giordano Bruno, Nassim Haramein, capable de modifier les propriétés de l'eau pour les rendre bénéfiques à votre corps, car il entre en résonance avec le reste de l'univers.
"Le cristal ARK a été conçu spécifiquement pour interagir avec l'eau. Pour cette raison, la recherche montre que le cristal ARK a une interaction très cohérente avec l'eau, structurant positivement l'eau au niveau moléculaire, augmentant sa bioénergie intrinsèque et la rendant plus biodisponible.
Cela signifie que l'eau exposée au cristal ARK est plus biodisponible pour un système vivant.
Placez l'eau à moins de 6 cm du cristal ARK. Les tests ont montré qu'un cristal ARK a un rayon effectif d'environ 6 cm. Le rayon effectif se réfère à la plage de l'effet le plus fort du cristal ARK, par exemple dans la potentialisation de l'eau."
Une séance de relaxation quantique ? Nassim Haramein vous la facture à 80 euros les deux heures :
"La Séance se déroule, selon votre Condition Physique. En Premier, un Echange face à face, assis sur une chaise. Par la suite, un Tirage d'une ou plusieurs Cartes d'Oracle qui est la Conclusion de la Guidance en Face à Face et pour finir, la Partie Technique Quantique, allongé sur la Table de Soins. De Multiples Outils sont utilisés, tels que les Diapasons Thérapeutiques, les Instruments Musicaux, les Pierres, les Dragons, la Géométrie Sacrée et son Nombre d'Or, les Séquences Numériques Sacrées Quantiques..."
Il ne manque plus que la présence de Hermès Trismégiste dans la salle !
Frances A. Yates - Giordano Bruno and the Hermetic Tradition









